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Le conflit syrien en affiches ou l'art de la guerre

Le conflit syrien en affiches ou l'art de la guerre
Par Judith Lachappelle

Horrifié et impuissant devant la guerre qui déchire son pays, Fares Cachoux a choisi son arme: l'art. Depuis deux ans, les affiches conçues par ce graphiste franco-syrien originaire de Homs traduisent en images-chocs, dans un langage international, le drame du soulèvement syrien. Plusieurs fois partagées sur les réseaux sociaux, quelquefois reproduites sur les murs de villes syriennes contrôlées par les rebelles, ses oeuvres sont désormais imprimées et vendues partout dans le monde pour soutenir les centaines de milliers de réfugiés de la guerre. «On essaie de combattre à notre façon: sans armes, avec images.» Nous l'avons joint cette semaine, chez lui, aux Émirats arabes unis, pour qu'il nous parle de quatre de ses affiches les plus marquantes.
Deux ans de révolution syrienne
«Notre révolution est une fleur sauvage. Elle est pleine d'épines, tellement difficile à cueillir, mais tellement jolie. La révolution, pour l'instant, n'a fait que du mal à tout le monde. La guerre, l'exil, la mort, la pauvreté... Tout le monde souffre. Même ceux qui l'aime, qui y croient. [...] Notre révolution, c'est deux ans d'épines dures, sanglantes, mais la révolution reste jolie. Il faut dire qu'on y croit toujours, malgré ces épines. [...] L'affiche a été reprise sur les murs de Saraqeb [Nord]. Ce sont des amis qui me l'ont envoyée par Facebook. C'était un honneur tellement plus important que n'importe quelle publication dans la presse. Que mon affiche soit reproduite dans une ville libérée de Syrie, ça a une signification énorme pour moi.»
Le massacre de Houla, 25 mai 2012
«Houla est un petit village où j'allais avec mes frères pour pêcher dans l'eau douce. Il y a eu un massacre terrible. Même les enfants ont été massacrés. Les milices sont entrées la nuit dans le village. Et le régime continue à nier. Il y a d'autres massacres, mais Houla était le premier de ces actes atroces. Il y a eu là-bas, pour la première fois, des preuves d'utilisation de l'arme blanche pour tuer des civils chez eux. C'était une boucherie, au sens propre du terme. Cette arme [que porte l'ombre du président Assad], c'est plus qu'un couteau, c'est un hachoir, ça casse même les os. C'est pour illustrer la violence du massacre. Ce sont les bouchers qui utilisent ce couteau».
IMAGE FOURNIE PAR L'ARTISTE
Le rossignol et le lion
«En arabe, «al Assad» signifie «le lion». Le petit oiseau, le personnage central de l'affiche, c'est le chanteur Ibrahim Qashoush, la voix de la ville d'Hama. Il y a eu là des manifestations gigantesques contre le régime, et Ibrahim Qashoush a animé ces manifs avec sa voix pleine d'enthousiasme. Ses chansons qui se moquaient de Bachar al-Assad et du parti Baas étaient très populaires. Il a été retrouvé mort, la gorge tranchée. Mais ses chansons sont toujours là. On l'appelait le rossignol de la révolution. Cette affiche représente ce monsieur comme un rossignol sur une branche, hors d'atteinte de Bachar al-Assad. Ils ont tué Ibrahim Qashoush, mais son esprit vit toujours.»

IMAGE FOURNIE PAR L'ARTISTE
Homs
Homs, c'est ma ville. C'est là où il y avait eu le plus de destruction - maintenant, c'est peut-être Alep. Mais au début, Homs était la ville martyre. Homs portait le poids de la révolution. Je l'ai représentée comme une femme martyrisée, fatiguée. Les gens de Homs sont reconnus pour être des gens simples et rigolos - ce n'est pas une ville riche comme Alep ou Damas, c'est une ville simple, accueillante. Et elle a été martyrisée par le régime. Des quartiers entiers ont été rasés. J'ai fait cette affiche pour dire que c'est notre mère qui est en train de porter la Syrie.»
«Je suis persuadé que le régime de Bachar al-Assad est déjà tombé. Il agonise, c'est une question de temps. [...] C'est une révolution très profonde - elle changera tout. Elle ne fera pas qu'arracher la tête du régime. Après la révolution, la Syrie sera une toute nouvelle Syrie. Les gens vont changer, les mentalités aussi. On ne tombera plus, à mon avis, dans le piège du culte de la personne et de la dictature. Un peuple qui a payé avec tant de morts et de destruction ne peut pas retomber facilement dans la dictature. Bientôt, on verra une Syrie qui naîtra de ses cendres. Mais il y aura beaucoup de cendres...»
- Fares Cachoux sur l'issue du conflit en Syrie


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