EDUCATION POUR TOUS

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Entre “pAnser” et pEnser


Dans la conversation que nous avons eu avec notre frère et ami par ailleurs directeur fondateur de l’Institut pour la Gouvernance en Afrique Centrale (IGAC), nous avions abordé un sujet sur les politiques éducatives actuelles et quel apport pour le continent africain en général et le Cameroun en particulier. Dans ses propos, mon cher ami a utilisé une métaphore “Nos compatriotes s’intéressent beaucoup plus à leur pAnser et oublient de pEnser”. Cela a tout de suite retenu notre attention et nous lui avons promis la redaction d’un article.
De prime abord il sied de clairifier les concepts de “pAnser et de pEnser”.
Par “pAnser” nous entendons au sens propre du terme, soigner, faire un pansement. Ce qui suppose une référence à un accidenté. Cependant la conotation qui dérive de cette expression serait l’acte par lequel l’être humain fait référence à son ventre. Il sied donc de dire que de panser, provient panse qui au sens premier du terme désigne l’estomac des animaux ruminants et au sens figuré, le ventre. C’est donc ce sens second que notre ami a choisi pour formuler sa métaphore.
Le constat clair et net qui se fait dans presque toutes nos sociétés nationales et internationales est que, les intellectuels sont les plus corrompus, les grands demagogues, les plus aliénés, les moutons de panurches, les plus traditionalistes, les fanatiques, les fondamentalistes religieux et bien plus. Avec toutes ces tares, ils occupent presque à 90% les postes au Gouvernement et les sièges dans les Assemblées Nationales et Internationales. Qu’est ce qui pourrait expliquer un tel phénomène?
Réagissant sur la destruction de nos capacités de penser, l’éminent philosophe Eboussi Boulaga et le grand juriste Maurice Kamto, tous camerounais vont dans leurs ouvrages respectivement L’honneur de penser et l’Urgence de la Pensée, (1991) fustiger “le manque, collectivement visible, des capacités à regarder avec lucidité les problèmes qui se posent, à les considérer avec attention dans toutes leurs dimensions, à en percevoir globalement les enjeux et à imaginer les solutions les plus réalistes et les plus pragmatiques compte tenu du contexte”. A s’en tenir à ce cri larmoyant il y a lieu de pEnser plutôt que de pAnser.
N’allons pas tout de suite accuser un système éducatif quelconque car le problème de fond n’est pas le système mais les institutions gouvernées par les instituteurs amoraux. Bien plus il s’impose un constat clair et net: la tendance actuelle de croire aux discours démagogiques et polémiques. Aux incantations et réflexions magico-spirituelles plutôt qu’aux discours cohérents et logiques. Quelle serait donc la racine de ces croyances?
Le professeur Kä Mana dans son ouvrage l’Afrique Notre Projet, s’étant aussi interrogé sur cette thématique nous aide en nous proposant cinq pistes qui à notre humble avis mérite la peine d’être listées.
- La destruction de notre imaginaire créateur
- La destruction de nos capacités de penser
- L’effondrement de l’éducation
- La flagrante insuffisance de nouveaux lieux d’espoir
- La culture du non-sens
Pour situer notre lecteur et lui donner une idée sur ces pistes, nous nous proposons de developer quelques unes d’elles.
1- La destruction de nos capacités de penser
Dire que nos capacités de penser ont été déruites signifie en clair que les hommes aujourd’hui ne pensent plus ensemble. Ils ne pensent pas non plus pour le bien de tous sinon que pour leur ventre et leur bien-être. L’action gouvernementale qui devrait être partagée de tous et par tous devient en quelque sorte le travail d’un tel. A titre d’exemple. A Yaoundé, capitale politique du Cameroun, qui ignorerait les oeuvres de Tsimi Evouna? Or la question ne devrait pas se poser sur qui s’occupe de l’embellissement de la ville de Yaoundé mais combien de yaoundéens participent à l’embellissement de leur ville? Tout porte donc à croire que dans une ville comme Yaoundé, il existe une et une seule figure de proue. Que seraient donc devenus les autres yaoundéens? N’est-ce-pas là une sorte de “crise de l’intelligence sociale”? Et pour ce genre de crise quel résultat escompté? N’est-ce-pas une “mentalité pathologique”?
Plus d’un continuent à croire aujourd’hui que la réponse à leur problème leur viendra de l’extérieur. N’entendons-nous pas souvent dire: “Toi qui est là bas en diaspora, nous t’attendons ici pour venir développer le pays” comme si le développement du pays dépendait seulement des personnes de la diaspora.
Une autre tendance est celle des esprits maléfiques auxquels beaucoup d’africains continuent d’accorder un grand crédit. Pour Fabien E.Boulaga, l’esprit magique “consiste a miser sur la chance, sur les relations octroyées, et jamais sur la force d’initiatives collectivement imaginés pour changer l’ordre des choses”. C’est donc de ce grand mal que souffrent plus d’un. Ce mal qui a cessé d’être social prend peu à peu la forme ontologique de l’existence humaine. Ils s’accompagneraient donc de la politique du ventre et du bas-ventre; des vols aggravés et détournements des biens publics. La perennisation et la gourmandise du pouvoir. C’est tout cela que Kä Mana appelle sorcellerie sociale. Au Cameroun, cette forme de sorcellerie trouve son sens dans la “feymania”. Au Nigéria nul besoin n’est de signaler que ce pays a développé tant sur le plan national qu’international une forte criminalité; la Côte d’Ivoire quant à elle est reconnue par le phénomène des “Scammers” (Arnaqueurs du cyber espace). Nous ne comptons pas les autres phénomènes tristes et malheureux tels que le trafic d’enfants, la vente d’organes humains, le proxénitisme, le vagabondage sexuel et l’exploitation abusive des femmes et des enfants. De tout ce que nous avons présenté comme mal social, le plus grand mal serait celui de la corruption qui est devenue plus qu’une pathologie. L’argent occupe le centre de tous les intérêts humains et vitaux au point où “la société perd le sens de ses fondations éthiques et spirituelles et se conforme à ses propres maux en renonçant à les penser en profondeur pour les vaincre ou pour les annihiler”.
2- La flagrante insuffisance de nouveaux lieux d’espoir
Les lieux d’espoirs sont presque morts pour cause tout ce qui jusqu’ici nous a permis de rêver s’est vu dans quelques mesures possibles privatisé. Les patrimoines publics vendus à vil prix aux étrangers, les lieux de culte transformés en églisettes où bon nombre de personnes pratiquent une religiosité de délire. Les institutions étatiques sont devenues des lieux d’imbécilisations collectives où la raison de l’argent est toujours la meilleure.
Aucun secteur n’est épargné. Tout est pillé, vendu, negligé et abandonné. Quand certaines personnes profitent de nos richesses parce qu’elles seules ont pu voir la valeur qu’elle contiennent, nous nous contentons d’admirer seulement le volume de notre pAnse qui chaque jour augmente grâce au bourrage de maigres salaires de catéchistes que nous recevons en échange de nos richesses. Pour preuve, les arbres que nous laissons abattre chaque jour dans nos forêts font la fierté de beaucoup de pays de l’hexagone. Les produits agricoles nous sont revendus sous forme de boîtes de conserve et nous nous bousculons dans les supermarchés et les grands centres commerciaux pour s’en approvisionner. Le mythe de l’étranger est tellement ancré dans nos esprits que parfois il nous résulte difficile de croire en nos propres valeurs.
Une autre situation triste est celle que nous vivons entre nous-mêmes à savoir conduire nos frères et soeurs dans les carcans du mutisme. Bon nombres se font briller par leur discours démagogique et politique. Des tonnaux vides vêtus en longueur de journée même sous un chaud soleil d’été en veste et en cravate bien nouée parcourent quartiers, villes et villages pour promettre aux populations un futur irréalisable. Ces alchimistes du verbe sans scrupule vont jusqu’à extorquer les richesses agricoles de nos mamans. Aux jeunes, ils ont opté pour acheter leur intelligence moyennant quelques bierettes.
Toutefois il sied aussi de dire que les pensées ne sont pas stériles car l’homme est une dynamique et chaque jour, il se dynamise à travers les évènements de la société. Beaucoup d’efforts sont entrain de se faire. Aujourd’hui, il y a comme une sorte de réseau d’intellectuels qui se forme pour combattre avec la dernière énergie les fléaux sociaux et les comportements malsains. Parmi tant d’autres nous avons des figures emblématiques comme les professeurs Souleymane Bachir Diagne, Maurice Kamto, Eboussi Boulaga, Kä Mana, Marcus Dogmo et Poukouta. Qui sont d’ailleurs mes maîtres à penser. Du côté des plus jeunes nous n’en saurons dénombrer mais ils se reconnaissent et partagent avec nous ce banquet de la connaissance. C’est un élément positif parmi tant d’autres que nous devons saluer et encourager. Nous continuons à croire que si aujourd’hui nous venons à formater nos mentalités pAnsives, il nous sera possible de revaloriser notre pEnsée et de pEnser la société plutôt que nous pAnser.

-Clément-

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