EDUCATION POUR TOUS

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Et si le futur nous angoissait?

Et si le futur nous angoissait?
Clément TSANGA MBIA

Il existe des formes d’angoisses. Ces différentes formes s’articulent tour à tour sur la nouveauté, le ridicule, l’inconnu latent en chacun de nous, la possibilité d’être blessé, la possibilité d’être abandonné, la mort. Nous pouvons aussi avoir des formes d’angoisses telles que l’angoisse dans nos relations quotidiennes, l’angoisse avec notre propre conscience, l’angoisse de ne pas avoir des pieds solides pour marquer les pas sur un sol ferme, l’angoisse devant l’Etre Dieu, l’angoisse devant un monde suspicieux. De toutes ces formes, il nous intéresse l’angoisse face au futur. Comment l’être humain réagit face à un futur qui parfois lui paraît incertain voire même inconnu? Et si le futur en lui-même devenait angoisse?
Pour mener à bien notre réflexion, nous allons dans un premier temps parler de l’angoisse face au futur dans ce cas nous présenterons les sources qui alimentent cette angoisse, ensuite nous aborderons l’attitude de l’être humain face à cette forme de torpeur psychologique et enfin nous essayerons d’esquisser quelques pistes pouvant conduire à la libération de la hantise du futur.

L’angoisse devant le futur
L’angoisse est une des préoccupations de l’heure dans la mesure oú nous vivons dans une société en perpétuelle mutations, une société dont nul ne detient ni les tenants et ne sait ni les aboutissants. Une société à plusieurs visages. C’est dans cette société oú vit l’homme post moderne. Son angoisse parfois, vient du fait qu’il se préoccupe de ne pouvoir pas avoir le nécessaire pour vivre dans le future; de perdre un jour son emploi surtout en ce moment oú la crise sévit de nombreux pays d’Europe et d’Afrique. Une autre préoccupation serait celle de tomber malade et de ne pas être maître de sa vie, de sa destinée. Une amie à moi me faisait cette réflexion: “j’ai peur pour mon mari car s’il lui arrive quelque chose, je ne sais pas comment, je pourrais m’ensortir avec nos enfants toute seule”. Tout ce que nous avons souligné à pour but de nous montrer à quel point nous sommes parfois en proie à des préoccupations futuristes.
Dans la liste des évènements qui nous font avoir peur du futur, s’ajoutent des catastrophes naturelles (Séisme, tremblement de terre, innondations); les attentats, les bombardements, le chômage accentué et répété, les variations climatiques à effet néfaste. Il y a même pour aller plus loin ce que nous pouvons appeler l’angoisse du siècle. Elle n’est rien d’autre que la peur de l’autre. Cette forme d’angoisse a pour étiquette le racisme. Ainsi un européen sera angoissé d’être envahi par un africain subsaharien en quête du bien être dans son pays. Un africain de son côté sera angoissé devant le regard mesquin d’un européen. Un arabe sera angoissé du fait que son entourage lui fasse porter l’étiquette de terroriste. Toutes ces xénophobies ont permis de créer des systèmes de protection de telle enseigne que nous nous enfermions sur nous-même et devenons prisonniers de nos propres systèmes. On verra donc des peureux construire des barrières très haute dans les frontières, ceci pour ne pas favoriser l’invasion par les autres; les maisons seront équipées des GPS et des détecteurs de bombes. Bref la sécurité dans son plein.
L’angoisse devant l’inconnu est très fréquente. C’est d’ailleurs pourquoi lorsque nous entrons en relation dans un monde très virtuel comme c’est le cas actuellement avec le réseau internet, il y a toujours cette tendance à ne pas voir en celui ou en celle avec qui nous échangeons, la personne ressource qui certainement est entrain d’entrer dans notre histoire. Il ya toujours comme une certaine méfiance et cette méfiance n’est pas gratuite. Elle est parfois le fruit d’actes répétés de déceptions, de mensonges, d’hypocrisie, et d’infidélité. Voilà pourquoi il est parfois difficile de croire même quand la vérité nous est servi sur un plateau d’or. Il ya toujours comme une certaine reserve. Nous verrons plus tard comment lever cette équivoque.
L’angoisse du futur au style européen est parfois notable et remarquée. Il suffit pour eux d’être face à une situation de crise comme c’est le cas en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie pour ne citer que ces pays d’Europe pour se rendre compte que ces personnes pensent peu de ce qui peut advenir de bien et beaucoup de ce qui peut advenir de mal. Le sens de l’espérance n’y est presque pas. Cela est parfois dû au fait qu’ils ont mis leur foi dans des systèmes anonymes de confiance au point de faire confiance même à un système politique qui embarque tous les citoyens dans le bateau de la corruption. Nous avons l’impression d’avoir à faire à des personnes qui n’ont jamais pensé à un futur tragique. Tout avait été pensé au plan A et quant au plan B, rien n’a été envisagé. C’est pourquoi quand survient la crise, tout le monde est dérouté et personne ne veut voir la réalité en face.
Sans idée aucune de polémiques, nous voulons souligner que les pays qui sont parfois présentés comme lieux de misère, de mendicité voire même de poubelles pour certains, sont ces pays là qui regorgent de visage avec plein de sourire. Quel paradoxe! Nous nous amusons parfois à dire que le mot angoisse ne figure pas dans notre dictionnaire et c’est d’ailleurs le cas. Il y a certes des problèmes mais comment se fait-il que des visages restent toujours aussi joyeux et resplendissants? N’est ce pas une lueur d’espérance qui accompagnent ces êtres? Dans les lignes qui suivent nous allons montrer la reaction de l’Homme face à l’angoisse.
La réaction de l’être humain face à l’angoisse
Nous voulons souligner ici trois niveaux: niveau relationnel, niveau social et niveau spirituel.
Niveau relationnel: une personne qui a eu à faire une experience d’amitié profonde et non d’amour dira avec précision ce que lui a valu une déception ou une rupture. Lorsque nous parlons d’amitié et non de l’amour, nous voulons mettre en exergue le caractère profond que revêt l’amitié dans une relation. Déjà avoir un ami est hasardeux dans la mesure oú la vraie amitié n’existe presque pas. C’est pourquoi nous la rangeons dans l’ordre du hasard. Lorsque des auteurs tels que Hannah Arendt souligne l’importance à accorder à l’amitié, c’est avec l’intention de montrer à quel point ce concept à toute sa raison d’être surtout dans le souci de la coexistence des consciences. Cette amitié selon Hannah Arendt se veut d’ordre politique. Il est vrai que le mot politique nous fait peur car il suffit de l’évoquer pour ne plus captiver l’attention du lecteur. Qu’est ce que Hannah Arendt entend par Amitié Politique? Dans son ouvrage Vies Politiques, (Paris, 1974, pages 34-35) elle souligne: « Nous avons coutume aujourd’hui de ne voir dans l’amitié qu’un phénomène de l’intimité, où les amis s’ouvrent leur âme sans tenir compte du monde et de ses exigences. Rousseau, et non Lessing, est le meilleur représentant de cette conception conforme à l’aliénation de l’individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu’à l’écart de toute vie publique, dans l’intimité et le face à face. Ainsi nous est-il difficile de comprendre l’importance politique de l’amitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, nous avons tendance à croire qu’il parle seulement de l’absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les Grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un “parler-ensemble” constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes), si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste “inhumain” en un sens très littéral, tant que des hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n’est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et dans ce parler, nous apprenons à être humain. Cette humanité qui se réalise dans les conversations de l’amitié, les Grecs l’appelaient philanthropia, “amour de l’homme”, parce qu’elle se manifeste en une disposition à partager le monde avec d’autres hommes. ». Le dialogue qu’elle met en relief dans le sens de l’amitié est ce que développe Martin Heidegger lorsqu’il traite de la thématique de l’existence authentique. Pour ce philosophe contemporain La matrice du dialogue authentique se trouve dans figure de l’ami qu’il trouve dans la poésie de Hölderlin: “Les interlocuteurs du poète”, (« Wo aber sind die Freunde ? » Cit. Erläuterungen, p. 81 / 106. 36 Sauf exception, Heidegger n’utilise pas le terme de « sujet » (cf. cependant Der deutsche Idealismus, GW Bd 28, Frankfurt am Main, Klostermann, 1997, p. 4-6). Toutefois on peut décrire ses dialogues avec les autres penseurs ou poètes comme efforts pour les rencontrer comme sujets de l’énonciation et non pas comme objets d’investigation. Le programme de cette destruction est lancé dans Sein und Zeit (§ 6. 38) en particulier Erläuterungen, p. 83 / 106, p. 127 / 163 ss.). Ce ne sont pas ses compatriotes mais les amis : poètes ou penseurs d’autres temps, voyageurs expatriés comme lui. Le poète les appelle (« où sont les amis ? »), mais ils semblent toujours déjà partis (« voilà que je suis seul »). Ces amis évoquent la conception platonico-aristotélicienne de l’amitié comme condition existentiale de la philosophie – mais maintenant les amis, au lieu de se réunir aux abords de la polis, sont absents et lointains, tels les « amis stellaires » de Nietzsche. Il ne sont pourtant pas inexistants : il y a des amis, mais ils sont absents, et le poète cherche à savoir où ils sont, quel est leur là (Da), le site de leur pensée. De manière semblable, Heidegger dialogue avec des poètes en cherchant à les situer (erörtern) et s’explique (auseinandersetzen) avec des penseurs en demandant quel est le site de leur pensée. Teintés d’inimité autant que d’amitié, ces dialogues déterminent l’étendue de ce que nous pourrions appeler une communauté transhistorique de pensée.
L’angoisse liée à la relation est le mal du siècle. A cause d’une déception, personne ne veut plus se confier. Tout porte à croire que l’être humain vit dans une sorte de schizophrénie qui l’empêche de voir la nouvelle réalité qui s’ouvre devant lui. Voilà pourquoi il a deux possibilités: soit de faire de sa vie un bordel ou alors de faire de sa vie une félicité. Très peu certainement choisiront le chemin de la félicité car il est long et parchemé d’embûches contrairement au chemin du bordel qui est bref, rapide, saturé de plaisir et de délires. Le problème de ce chemin est qu’il rend notre joie éphémère et nous expose aux divers maux qui gangrènnent notre société. Ne soyons pas trop étonné si quelques fois il s’installe dispute, suspicion, infidélité dans une relation. Cela pourrait être un signe non pas d’incompatibilité mais d’absence de donation totale dans la relation. Une relation qui ne se vit pas à saturation est sujette à problème. Si le concept amitié est perçue dans le sens de l’interêt cela posera aussi un problème. Voilà pourquoi, il est à chercher avant tout le sens qu’offre une relation d’amitié avant d’entreprendre une relation amicale. Nous y reviendrons dans les pistes de solutions.
- Le niveau social: il est le niveau le plus problématique car tout par de la médiatisation que l’on fait. A cause des médias, un bon nombre de personnes préfaire conjuguer le verbe se méfier à tous les temps. Il suffit de zapper une chaîne étrangère pour se rendre compte qu’un bombardement a été fait dans les pays du Magrheb ou alors pour s’informer au sujet d’une pirogue d’émigrants subsahariens qui vient à peine d’être repêchée par la croix rouge sur les rives des territoires espagnoles, ou alors pour se rendre compte, qu’un homme vient d’assassiner son épouse pour des raisons machistes. Ainsi d’évèments en événements, on s’installe dans une psychose qui fait en sorte que, plus personne ne veut plus regarder l’autre comme être humain. Cela n’étonne plus personne lorsqu’un bon samaritain choisit de donner à manger à une mascotte plutôt qu’à un mendicant aux portes des super marchés, des églises, mosquées ou simplement devant les feux de signalisation. Face à un tel phénomène, nos chers aventuriers choisissent d’adopter des mascottes ainsi ils pourront à travers elles recevoir le pain de chaque jour. L’angoisse que nous impose le milieu social est tellement fort qu’aujourd’hui nous avons perdu le sens du réel au profit du virtuel.
Un autre aspect du social est celui qui consiste à faire face à nous même. Personne ne veut plus regarder la réalité en face, on aime à recevoir des éloges du genre “tu es le meilleur, tu es la plus belle des créatures, tu es… tu es…”. Mais lorsque le discours change l’angoisse s’installe.
Le social est aussi vu en relation avec la politique qui n’est pas le politique. Tous ces démagogues à l’esprit mercantiliste, individualiste et mesquin et sans scrupule aucune sont les principaux acteurs et générateurs d’angoisse dans les consciences de leur citoyen. A quel saint devons-nous nous vouer lorsque celui qui a été choisi pour redorer le blason de notre société s’est montré incapable à cause de ses idées individualistes. Comment ne donc pas s’angoisser lorsqu’on se rend compte que le futur qui a priori devait être radieux se présente a posteriori comme un enfer?
- Niveau spirituel: c’est le niveau le plus délicat car il est à la fois mêlé aux réflexions psycho démentielles et aux réflexions magico spirituelles. Comment en arrive t-on à ce niveau? L’être post moderne est tellement enfermé dans le monde du mysticisme au point de voir le diable partout. Parce qu’il ou elle a rêvé de son oncle ou de sa tante que le lendemain ce dernier devient sorcier. Parcequ’il ou elle n’a pas réussi à son concours que son plus proche voisin ou un famillier devient la cause immediate de son échec. Parce qu’il ou elle a perdu un membre de sa famille à cause d’une maladie que le grand parent ou le parent est devenu chalatan ou marabout. Le monde mystique dans lequel nous nous enfermons sans le vouloir est la cause de plusieurs angoisses. Alors la solution est à trouver dans des lieux de culte qui pratiquent une réligiosíté de délire. Ces lieux d’imbécilisation collective sont des sources de revenues pour le gourou et son équipe et des lieux de malédictions pour ceux-là en quête du bonheur. Avec tout le respect que nous Avons pour les croyances de chacun nous voulons juste nous étonner de voir des personnes réciter des neuvaines et des neuvaines dans le but d’être libéré d’un démon familial. D’autres vont jusqu’à se priver des repas au nom d’un jeûn qui leur apportera une solution à leur problème. Et puis si la religion est un moyen pour apaiser les consciences alarmées pourquoi ne pas dire avec Karl Marx qu’elle est “l’opium du peuple” ou alors avec Freud qui la voit comme une “illusion”?
Les pistes pouvant aider à sortir de l’angoisse du futur
- Vivre l’ici et le maintenant: cela suppose se libérer des conceptions négativistes qui peuvent nous permettre d’adopter ou de mener des réflexions hasardeuses. Vivre le maintenant n’a rien d’autre que vivre l’instant présent. Et puis pourquoi toujours vivre dans le futur lorsque nous sommes entrain de vivre le présent?
- Nous libérer des instants dépressifs et de découragement qui nous assaillent et qui nous empêchent de fermer l’oeil de la nuit.
- Adopter l’attitude Zen qui consiste à ne pas faire plusieurs choses à la fois. S’il m’est donné de manger, que je mange avec appetit. S’il m’est donné de dormir que je dorme profondément. S’il m’est donné d’aimer que je sois capable d’aimer sans avoir le coeur divisé. S’il m’est donné de parler que je sois capable de parler sans chanter et crier en même temps.
- Vivre dans l’espérance. Celle ci se consolide dans la relation avec Dieu. Il est vrai que pour certains cet Etre transcendental apparaît parfois comme une chimère, mais ce que nous oublions le plus souvent est que chacun de nous a une dimension spirituelle dans la constitution de son essence et c’est cette dimension qui nous pousse à toujours relationner avec Dieu.
- Vivre dans l’amitié. Cela suppose avoir comme clé de voûte le dialogue qui est la valeur la plus suprême qui rend possible la coexistence des consciences.
- L’angoisse cesserait d’être angoisse quand nous aurons appris à vivre sans intérêt. Toute attitude interessée finit toujours par remettre en cause le concept d’amitié et a généré l’angoisse dans les consciences humaines. Vaincre l’angoisse du futur est donc le nouveau défi que nous lance notre siècle de Globalisation.

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