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La tension entre modernité et post modernité: deux archétypes incontournables

La modernité et la post modernité tendent entre les figures mythologiques respectives de Promethée et de Sisyphe. Pour mieux appréhender cette thématique, il est judicieux que nous les présentions ainsi que leur portée aussi bien philosophique que pratique et actuel.
D’une part Promethée qui est l’archétype de la modernité est surtout connu pour avoir créé les hommes à partir de restes de boue transformés en roches, ainsi que pour le vol du « savoir divin » (le feu sacré de l'Olympe) qu'il rendit aux humains
Suivant les versions: Épiméthée (Ἐπιμηθεύς / Epimêtheús, « qui réfléchit après coup »), ne sachant que faire pour les Hommes, appelle à l'aide son frère qui imagine un plan pour favoriser l'humanité. Prométhée fait en sorte que l'Homme puisse tenir debout sur ses deux jambes, il lui donne un corps plus grand, distingué et proche de celui des dieux. Puis, après la victoire des nouveaux dieux dirigés par Zeus sur les Titans, Prométhée se rend alors sur le char du soleil avec une torche, dissimule un tison dans une tige creuse de fenouil et donne le « feu sacré » à la race humaine. Il enseigne aussi aux humains la métallurgie et d'autres arts, eux-mêmes enseignés à Prométhée par Athéna qui était complice puisqu’elle l’aida à entrer secrètement dans l’Olympe.
La plus ancienne venue d'Hésiode: C'est à la suite du choix imposé par Prométhée à Zeus pour clore la dispute entre les dieux et les hommes que Prométhée donnait à choisir au Dieu entre deux parties d'un bœuf. Dans l'une, il avait mis la graisse et les os et dans l'autre, plus petite et moins bien agencée, les morceaux les meilleurs. Zeus choisit la plus grosse part et en conçut de la rancune. C'est de ce temps que les hommes laissèrent aux dieux, la graisse et les os dans les sacrifices. Afin d'éviter que l'homme ne soit l'égal des Dieux. Il retirait le feu aux hommes et Prométhée allait le dérober dans l'Olympe afin de le leur restituer6.
Prométhée entre de ce fait en conflit avec Zeus qui lui inflige un supplice : Héphaïstos l'enchaîne nu à un rocher dans les montagnes du Caucase, où un aigle (ou un vautour selon les versions) vient lui dévorer le foie chaque jour. Sa souffrance devient ainsi infinie, car chaque nuit son foie repousse (cet aspect du mythe laisse supposer que les Grecs anciens avaient découvert que le foie est l'un des rares organes humains à se régénérer spontanément en cas de lésion).
Héraclès le délivre au cours de ses douze travaux mais pour ne pas déroger au serment de Zeus qui avait juré que le Titan resterait à jamais enchaîné au Caucase, ou Atlas7 Prométhée dut porter durant toute sa vie une bague de fer provenant de ses chaînes, accolée à un morceau de pierre du Caucase.
D'autre part, lorsque Zeus déclare vouloir anéantir l’espèce humaine dans un déluge, il épargne finalement Deucalion, fils de Prométhée, et sa femme Pyrrha.
Selon une légende particulière, Prométhée devient immortel grâce au centaure Chiron : celui-ci, blessé accidentellement par les flèches empoisonnées d’Héraclès, ne supportant plus la souffrance mais ne pouvant ni guérir ni mourir, demande la mort aux dieux. Zeus la lui accorde après que Chiron a légué son immortalité à Prométhée, car Zeus est alors reconnaissant envers Prométhée de lui avoir prédit que s’il avait épousé la néréide Thétis, le fils qu’ils auraient eu ensemble aurait été plus puissant que lui et l'aurait détrôné. Il est pourtant plus commun de trouver Prométhée désigné comme le « TitanProméthée », puisque fils d'un Titan et d'une Titanide: il serait ainsi immortel de naissance, puisqu'ayant le rang de divinité primordiale.
En philosophie, le mythe de Prométhée est admis comme métaphore de l'apport de la connaissance aux hommes. C'est un des mythes récurrents dans le monde proto-indo-européen (mais on le retrouve également chez d'autres peuples):
• Il rapporte comment ce messager divin ose se rebeller, pour voler (contre l'avis des dieux) le Feu sacré de l'Olympe (invention divine symbole de la connaissance) afin de l'offrir aux humains et leur permettre de s’instruire.
• Il est aussi évocateur de l'hybris (la force démesurée), la folle tentation de l'Homme de se mesurer aux dieux et ainsi de s'élever au-dessus de sa condition.
Selon certaines versions grecques ou latines, Prométhée fut puni de son audace et enchaîné sur un rocher (ou crucifié selon d'autres). Ce mythe peut également être mis en parallèle avec le récit biblique d'Adam et Ève, chassés duParadis pour avoir goûté le fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal.
On trouve la trace de ce mythe chez de nombreux auteurs qui en font des extrapolations diverses:
• Chez Platon : le sophiste Protagoras en fait le récit dans son dialogue avec Socrate pour défendre l'idée que la vertu peut s'enseigner.
• Sous le nom de « complexe de Prométhée », Gaston Bachelard définit « toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres. » Selon ses termes, « le complexe de Prométhée est le complexe d'Œdipe de la vie intellectuelle. »
• Le philosophe de la technique, Günther Anders, forge le concept de "honte prométhéenne" exprimant ainsi la honte qu'a l'homme vis-à-vis de sa finitude au regard de la perfection des machines.
• le philosophe Hans Jonas le reprend dans le Principe responsabilité (1979), pour faire allusion aux risques inconsidérés liés aux conséquences de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l'équilibre écologique, social, et économique de la planète.
• Certains voient dans le mythe prométhéen, une partie des fondements de ce qui devient ensuite le christianisme.
• Selon cette optique, Lucifer (en latin: le porteur de lumière ), descend du Ciel pour sauver l'Humanité. Au départ ange favori de Dieu, le fait d'apporter aux hommes «lumière et instruction» explique que Lucifer, personnification du « Mauvais » reçoive en retour une éternelle rancune céleste. Par la suite, le Christ aurait été le « Bon Lucifer », le « Bon porteur de lumière », le porteur du véritable message divin aux hommes et aurait remplacé l'ange déchu.
• Cet amalgame est rapidement proscrit par l'Église: Le parallèle entre le Christ et Lucifer n'a pas de sens. La projection d'un schéma formel pseudo-identique dans la narration ne correspond pas sur le fond au message chrétien.
D’autre part Sisyphe présenté par Albert Camus dans son oeuvre le Mythe de Sisyphe, 1942 est l’archétype de la post modernité dans la mesure oú il représente la métaphore de l’existence humaine. L’homme post moderne cofronté aux problèmes éthiques et sociaux se trouvent désemparé et désespéré. Il est à cheval entre l’absurde et le suicide. Tel est la relation que met en exergue ce myhte et notre société actuelle.
En effet Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. Si l'on en croit Homère, Sisyphe était le plus sage et le plus prudent des mortels. Selon une autre tradition cependant, il inclinait au métier de brigand. Je n'y vois pas de contradiction. Les opinions diffèrent sur les motifs qui lui valurent d'être le travailleur inutile des enfers. On lui reproche d'abord quelque légèreté avec les dieux. Il livra leurs secrets. Egine, fille d'Asope, fut enlevée par Jupiter. Le père s'étonna de cette disparition et s'en plaignit à Sisyphe. Lui, qui avait connaissance de l'enlèvement, offrit à Asope de l'en instruire, à la condition qu'il donnerait de l'eau à la citadelle de Corinthe. Aux foudres célestes, il préféra la bénédiction de l'eau. Il en fut puni dans les enfers. Homère nous raconte aussi que Sisyphe avait enchainé la Mort. Pluton ne put supporter le spectacle de son empire désert et silencieux. Il dépêcha le dieu de la guerre qui délivra la Mort des mains de son vainqueur.
Une application pratique de l’absurdité à laquelle fait face l’homme.
« Non, dit le conquérant, ne croyez pas que pour aimer l'action, il m'ait fallu désapprendre à penser. Je puis parfaitement au contraire définir ce que je crois. Car je le crois avec force et je le vois d'une vue certaine et claire. Méfiez-vous de ceux qui disent : « Ceci, je le sais trop pour pouvoir l'exprimer. » Car s'ils ne le peuvent, c'est qu'ils ne le savent pas ou que, par paresse, ils se sont arrêtés à l'écorce. Je n'ai pas beaucoup d'opinions. A la fin d'une vie, l'homme s'aperçoit qu'il a passé des années à s'assurer d'une seule vérité. Mais une seule, si elle est évidente, suffit à la conduite d'une existence. Pour moi, j'ai décidément quelque chose à dire sur l'individu. C'est avec rudesse qu'on doit en parler et, s'il le faut, avec le mépris convenable. Un homme est plus un homme par les choses qu'il tait que par celles qu'il dit. Il y en a beaucoup que je vais taire. Mais je crois fermement que tous ceux qui ont jugé de l'individu l'ont fait avec beaucoup moins d'expérience que nous pour fonder leur jugement. L'intelligence, l'émouvante intelligence a pressenti peut-être ce qu'il fallait constater. Mais l'époque, ses ruines et son sang nous comblent d'évidences. Il était possible à des peuples anciens, et même aux plus récents jusqu'à notre ère machinale, de mettre en balance les vertus de la société et de l'individu, de chercher lequel devait servir l'autre. Cela était possible d'abord, en vertu de cette aberration tenace au cœur de l'homme et selon quoi les êtres ont été mis au monde pour servir ou être servis. Cela était encore possible parce que ni la société ni l'individu n'avaient encore montré tout leur savoir-faire.
J'ai vu de bons esprits s'émerveiller des chefs-d'oeuvre des peintres hollandais nés au mur des sanglantes guerres de Flandre, s'émouvoir aux oraisons des mystiques silésiens élevées au sein de l'affreuse guerre de Trente Ans. Les valeurs éternelles surnagent à leurs yeux étonnés au-dessus des tumultes séculiers. Mais le temps depuis a marché. Les peintres d'aujourd'hui sont privés de cette sérénité. Même s'ils ont au fond le cœur qu'il faut au créateur, je veux dire un cœur sec, il n'est d'aucun emploi, car tout le monde et le saint lui-même est mobilisé. Voilà peut-être ce que j'ai senti le plus profondément. À chaque forme avortée dans les tranchées, à chaque trait, métaphore ou prière, broyé sous le fer, l'éternel perd une partie. Conscient que je ne puis me séparer de mon temps, j'ai décidé de faire corps avec lui. C'est pourquoi je ne fais tant de cas de l'individu que parce qu'il m'apparaît dérisoire et humilié. Sachant qu'il n'est pas de causes victorieuses, j'ai du goût pour les causes perdues: elles demandent une âme entière, égale à sa défaite comme à ses victoires passagères. Pour qui se sent solidaire du destin de ce monde, le choc des civilisations a quelque chose d'angoissant. J'ai fait mienne cette angoisse en même temps que j'ai voulu y jouer ma partie. Entre l'histoire et l'éternel, j'ai choisi l'histoire parce que j'aime les certitudes. D'elle du moins, je suis certain et comment nier cette force qui m'écrase ? Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l'action. Cela s'appelle devenir un homme. Ces déchirements sont affreux. Mais pour un cœur fier, il ne peut y avoir de milieu. Il y a Dieu ou le temps, cette croix ou cette épée. Ce monde a un sens plus haut qui surpasse ses agitations ou rien n'est vrai que ces agitations. Il faut vivre avec le temps et mourir avec lui ou s'y soustraire pour une plus grande vie. Je sais qu'on peut transiger et qu'on peut vivre dans le siècle et croire à l'éternel. Cela s'appelle accepter. Mais je répugne à ce terme et je veux tout ou rien. Si je choisis l'action, ne croyez pas que la contemplation me soit comme une terre inconnue. Mais elle ne peut tout me donner, et privé de l'éternel, je veux m'allier au temps. Je ne veux faire tenir dans mon compte ni nostalgie ni amertume et je veux seulement y voir clair. Je vous le dis, demain vous serez mobilisé. Pour vous et pour moi, cela est une libération. L'individu ne peut rien et pourtant il peut tout. Dans cette merveilleuse disponibilité vous comprenez pourquoi je l'exalte et l'écrase à la fois. C'est le monde qui le broie et c'est moi qui le libère. Je le fournis de tous ses droits.
Clément TSANGA MBIA

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